Reuters rapporte, en citant le Financial Times, que ByteDance et Tencent ont chacun reçu environ 10 000 H200 au cours des dernières semaines. Le chiffre est important. La précaution l’est aussi : Reuters n’a pas pu vérifier indépendamment ces volumes et NVIDIA n’avait pas commenté l’information au moment de la publication.
Les premières expéditions, elles, ne sont plus seulement une information de source anonyme. Le 14 juillet, Jeffrey Kessler, sous-secrétaire américain au Commerce, avait confirmé devant le Congrès que des H200 commençaient à être envoyés vers la Chine. Il parlait alors de quantités très faibles.
Washington dit oui, Pékin répond « pas partout »
Le parcours du H200 est devenu assez tortueux pour qu’un processeur puisse presque avoir besoin de son propre service diplomatique.
Les États-Unis ont commencé en février à accorder à NVIDIA des licences permettant de livrer de petites quantités de H200 à certains clients chinois. NVIDIA expliquait encore dans son rapport trimestriel d’avril qu’elle n’avait généré aucun revenu dans le cadre de ce programme et qu’elle ignorait si les importations seraient effectivement autorisées en Chine.
Puis Pékin a commencé à desserrer l’étau. Reuters rapportait en mars, sur la base de sources proches du dossier, que les autorités chinoises avaient donné leur feu vert à certaines ventes.
Cela n’équivaut pas à un retour au marché d’avant les contrôles. Selon le FT, les autorisations américaines permettraient à certaines entreprises chinoises d’acquérir jusqu’à 100 000 H200 chacune, tandis que Pékin encourage leur stockage hors de Chine continentale, notamment à Hong Kong. L’objectif chinois reste de protéger et de faire progresser ses propres fournisseurs de semi-conducteurs.
Le résultat est un marché où les deux gouvernements peuvent autoriser la même puce pour des raisons presque opposées.
Pour NVIDIA, 20 000 puces potentielles comptent surtout parce que le compteur était à zéro
La comparaison la plus utile n’est pas avec les ventes mondiales de NVIDIA. Elle est avec la situation décrite par l’entreprise elle-même quelques mois auparavant.
À la fin de son premier trimestre fiscal 2027, NVIDIA disait être effectivement empêchée de concurrencer les fournisseurs locaux sur le marché chinois du compute datacenter. Elle avertissait aussi que cette absence laissait à ses concurrents le temps de construire leurs propres écosystèmes de développeurs et de clients.
Le manque à gagner ne se mesure donc pas seulement en GPU non vendus. Plus un laboratoire chinois entraîne ses modèles sur une autre pile matérielle et logicielle, moins son prochain achat dépend automatiquement de CUDA et des systèmes NVIDIA.
C’est ce qui rend les premiers H200 commercialement intéressants même si les volumes restent faibles. Ils recréent une présence.
Le H200 est ancien selon le calendrier de NVIDIA. Pas selon celui des exportations
Le décalage est assez saisissant. NVIDIA a annoncé le H200 en novembre 2023. Depuis, Blackwell a pris le relais dans les déploiements les plus récents et Rubin constitue déjà l’étape suivante de la feuille de route.
En Chine, le H200 se retrouve pourtant à jouer le rôle de puce haut de gamme négociable. Il offre 141 Go de mémoire HBM3e et 4,8 To/s de bande passante mémoire, des caractéristiques qui restent parfaitement pertinentes pour l’entraînement et l’inférence de grands modèles.
Ce n’est donc pas une vieille carte bradée à un marché secondaire. C’est une génération antérieure de NVIDIA dont l’accès reste suffisamment précieux pour faire l’objet de licences individuelles et d’arbitrages gouvernementaux.
Même la route commerciale passe par les États-Unis
Les licences décrites par NVIDIA ajoutent une autre bizarrerie. Les H200 concernés doivent passer par un processus d’inspection aux États-Unis avant d’être expédiés au client chinois.
NVIDIA indique que ce mécanisme entraîne un tarif de 25 % lors de l’importation des puces aux États-Unis dans le cadre du processus. L’entreprise prévient qu’elle ne pourra peut-être pas répercuter l’intégralité de ce coût sur ses clients.
On est loin de la chaîne logistique idéale consistant à produire un GPU puis à l’envoyer à l’acheteur.
Hong Kong devient une solution qui ressemble beaucoup à une contrainte
La position chinoise complique encore l’exercice. D’après le FT, Pékin souhaite qu’une majorité des puces autorisées restent à Hong Kong, hors de la frontière douanière de la Chine continentale, tout en accordant certaines permissions pour des livraisons directes.
Cette politique permet à des groupes chinois de conserver un accès à du matériel NVIDIA sans rouvrir trop largement le marché intérieur à un concurrent américain. Elle donne aussi du temps aux accélérateurs domestiques pour progresser.
ByteDance et Tencent ont évidemment une autre priorité : obtenir suffisamment de capacité pour entraîner et exploiter leurs modèles.
Les intérêts ne sont pas particulièrement alignés.
Les chiffres du FT ne sont pas encore ceux d’un marché rouvert
En additionnant les volumes attribués à ByteDance et Tencent, on obtient déjà environ 20 000 H200. Ce serait une évolution très nette par rapport aux « petites quantités » confirmées en juillet.
Mais ces nombres restent rapportés par le Financial Times et non vérifiés indépendamment par Reuters. Le montant réellement facturé par NVIDIA, la proportion physiquement entrée en Chine continentale et le calendrier des prochaines autorisations ne sont pas encore établis publiquement.
Le retour de NVIDIA en Chine se mesure donc, pour l’instant, davantage en cargaisons autorisées qu’en véritable normalisation commerciale.