C'est un changement assez profond pour une catégorie longtemps organisée autour d'un principe simple : chaque pays choisissait son film, et les œuvres écartées par leur comité national devaient regarder la course de loin. Pour les 99e Oscars, cette exclusivité disparaît partiellement.
Le règlement adopté par l'Academy prévoit désormais deux voies. La première ne bouge pas : un pays ou une région peut toujours sélectionner officiellement un long métrage via un comité reconnu. La seconde permet à un film de se présenter après avoir remporté une récompense précise dans l'un des festivals qualifiants retenus par l'Academy.
La Palme d'or est devenue un ticket de qualification
Cannes fait partie de cette courte liste, mais uniquement avec sa Palme d'or. Fjord ayant remporté le prix le 23 mai 2026, le film satisfait donc ce critère sans avoir besoin d'attendre une éventuelle sélection officielle de la Roumanie, de la Norvège ou d'un autre territoire coproducteur.
Le règlement cite six récompenses pour cette nouvelle voie : l'Ours d'or de Berlin, le prix du meilleur film de Busan, la Palme d'or de Cannes, le World Cinema Grand Jury Prize de Sundance, le Platform Award de Toronto et le Lion d'or de Venise.
La nuance compte. Gagner l'un de ces prix ne signifie pas décrocher une nomination aux Oscars. Cela permet de soumettre le film par une route qui n'existait pas auparavant, à condition de satisfaire les autres règles de la catégorie.
Fjord devait encore passer la règle des 50 %
C'était précisément le point qui entretenait un doute autour du film de Mungiu. L'Academy définit un film international comme un long métrage de plus de 40 minutes produit hors des États-Unis et de leurs territoires, dont plus de 50 % de la piste de dialogues est dans une langue autre que l'anglais.
Fjord utilise quatre langues : l'anglais, le roumain, le norvégien et le suédois. Après Cannes, la quantité d'anglais entendue dans le film avait donc suscité des interrogations sur son admissibilité. Neon, son distributeur américain, a confirmé à Variety que le long métrage reste au-dessus du seuil requis de dialogues non anglophones et répond aux exigences de sous-titrage de l'Academy.
Le film dispose ainsi des deux éléments qui importent ici : une Palme d'or lui ouvrant la nouvelle route par les festivals, et une piste de dialogues compatible avec la définition du meilleur film international.
Les comités nationaux perdent leur monopole, pas leur rôle
L'évolution est plus intéressante que le seul cas de Fjord. Pendant des décennies, une décision nationale pouvait fermer la porte de cette catégorie à un film pourtant très visible dans la saison des prix. À partir de cette édition, quelques victoires de festival permettent de contourner ce verrou.
Les pays continuent néanmoins à sélectionner leurs candidats, et rien n'empêche un film qualifié par un festival d'être également choisi par un comité national. L'Academy modifie aussi la manière de présenter le résultat : à partir des 99e Oscars, c'est le film qui sera officiellement crédité comme nommé dans la catégorie, plutôt que le pays ou la région. Le réalisateur recevra la récompense au nom de l'équipe créative en cas de victoire.
Cette transformation réduit un peu le caractère diplomatique de la catégorie. Elle renforce aussi mécaniquement le poids de six festivals et de six prix très précis dans le calendrier international.
Le 30 septembre comme prochaine vraie échéance
Le dossier n'est donc pas arrivé au stade de la nomination. La date limite de soumission des films internationaux est fixée au 30 septembre 2026. L'Academy doit annoncer ses shortlists le 15 décembre, puis les nominations aux 99e Oscars le 21 janvier 2027.
Aux États-Unis, Neon a programmé Fjord en salles le 9 octobre. La 99e cérémonie des Oscars aura lieu le 14 mars 2027.